Guide de référence
Tenir un dépôt vente féminin, du mandat signé au règlement
Un dépôt vente féminin tient sur quatre gestes répétés cent fois par saison : ouvrir un mandat, trier un sac, poser un prix avec sa date de démarque, régler une déposante sans rien reconstituer de mémoire. Ce guide décrit chacun de ces gestes tel qu’il se pratique derrière un portant, avec les mentions à écrire, les motifs de refus qui passent et la trace à garder au registre.
Un dépôt vente ne se perd pas à la vente, il se perd à l’entrée
La vente, dans une boutique de seconde main féminine, est rarement le problème. Une jolie pièce, propre, à la bonne taille et bien décrite, trouve sa cliente. Ce qui coûte cher se joue trois mois plus tôt, au comptoir, quand un sac s’ouvre et que dix pièces entrent sans que rien ne soit tranché. Une veste datée de douze ans occupe un cintre pendant tout un trimestre, vieillit l’image du magasin, puis repart en restitution avec la déception en prime.
Le second point de perte est la mémoire. La déposante se souvient d’une durée de quatre mois, vous aviez dit trois. Elle se souvient d’un taux, vous en appliquez un autre parce que la pièce est partie démarquée. Aucune des deux ne triche : personne n’a écrit la même chose au même moment. Tant que les conditions vivent dans un carnet à souches au fond du tiroir, chaque règlement redevient une négociation de vingt minutes, et cette conversation se raconte ensuite dans son réseau d’amies.
Le mandat de dépôt, six lignes qui évitent six mois de discussion
Le mandat de dépôt est un contrat, pas une formalité de comptoir. Il dit qui dépose, quoi, à quel prix de mise en rayon, pour combien de temps, avec quel taux de commission, et ce qui arrive aux pièces invendues à l’échéance. Écrit une fois, paramétré une fois, il se réimprime en deux exemplaires à chaque dépôt sans que vous ayez à y réfléchir. La déposante repart avec le sien, et vous cessez d’arbitrer des souvenirs.
Le piège habituel n’est pas l’absence de mandat, c’est le mandat vague. Une durée notée sans date de départ, un taux annoncé à l’oral, une case invendus laissée vide : chacune de ces approximations se paie six mois plus tard. Numérotez chaque mandat, faites figurer ce numéro sur les étiquettes de cintre, et vous retrouverez en quelques secondes la pièce, sa déposante et les conditions acceptées, même un samedi à dix sept heures avec trois clientes en cabine.
Ce qu’un mandat doit porter avant la signature
- L’identité complète de la déposante et ses coordonnées à jour
- La liste des pièces reçues, décrites une par une, avec leur état
- Le prix de mise en rayon accepté pour chaque pièce
- La date de dépôt et la date de fin, écrites toutes les deux
- Le taux de commission retenu et les frais éventuels
- Le sort des invendus : restitution, don nommé ou prolongation
Trier le sac devant la déposante, et refuser sur un motif écrit
Trier devant la déposante change tout. Une pièce écartée dans l’arrière boutique devient un jugement de goût. Une pièce écartée sur le comptoir, avec un motif énoncé au moment où on la regarde, devient une information. Odeur, auréoles sous les bras, boulochage, fermeture qui accroche, ourlet défait, étiquette de composition manquante : le contrôle prend deux minutes par pièce et il se fait toujours dans le même ordre, du plus rédhibitoire au plus discutable.
Le refus passe quand il repose sur un motif constaté et non sur une impression. Vous cochez le motif, la phrase courte qui l’accompagne s’imprime sur le récépissé de dépôt, et la conversation s’arrête là. La déposante repart avec une indication utile pour son prochain sac, vous n’avez pas passé un quart d’heure à vous justifier, et la qualité générale de vos portants monte d’un cran à chaque passage. Refuser dix huit pièces sur cent devient un geste normal, assumé.
Le contrôle en six points, dans l’ordre
- L’odeur, tabac et humidité d’abord, avant même de déplier
- Les auréoles et les taches, sous les bras, au col, sur le devant
- Le boulochage et la maille détendue aux coudes et aux fesses
- Les fermetures, boutons, agrafes et ourlets, essayés à la main
- L’étiquette de composition et celle de taille, présentes et lisibles
- La coupe et la saison, confrontées à ce qui part réellement chez vous
Fixer un prix de mise en rayon que l’acheteuse paiera vraiment
Le prix est le vrai sujet de tension, parce que la déposante estime sa penderie à ce qu’elle l’a payée, pas à ce qu’une acheteuse acceptera de payer aujourd’hui. Sortir de ce débat suppose une méthode visible : marque, état réel, saison en cours, matière, taille française et désirabilité locale. Une fourchette basse et haute proposée devant elle vaut mieux qu’un chiffre lâché seul, parce qu’elle montre le raisonnement au lieu de l’imposer.
Un prix trop haut n’est jamais neutre. La pièce traverse deux démarques, immobilise un cintre pendant trois mois et rapporte finalement moins qu’un prix juste posé au premier jour. Les boutiques qui s’appuient sur une aide au prix par marque et par état constatent en moyenne six euros de plus par pièce vendue, non pas en vendant plus cher, mais en cessant de brader d’un côté et de surévaluer de l’autre. Le prix juste est celui qui part avant la deuxième démarque.
Poser les paliers de démarque le jour du dépôt, pas trois mois après
La démarque n’est pas un aveu d’échec, c’est le calendrier normal d’une pièce déposée. Trente jours au prix affiché, soixante jours au premier palier, quatre vingt dix jours au second, puis fin de mandat : ce rythme se décide au moment de la signature, devant la déposante, et il figure sur son exemplaire. Elle sait donc dès le départ que sa robe baissera, à quelle date et de combien. Personne ne découvre la démarque en venant chercher son règlement.
Une démarque décidée au jour le jour ne se tient jamais. Un samedi chargé, un inventaire, une bascule de saison, et les pièces de mars sont encore au prix de mars en juillet. Un calendrier automatique fait le travail à votre place : la date arrive, le prix change, l’étiquette se réimprime, le portant bouge. C’est cette mécanique, tenue sur une saison complète, qui fait reculer d’environ un tiers le nombre de cintres immobilisés au delà de quatre vingt dix jours.
L’étiquette de cintre est votre seule vraie fiche produit
Dans une boutique de seconde main, l’étiquette de cintre est le seul document que l’acheteuse lira, et c’est elle qui décide de l’essayage. Une étiquette qui porte la taille française réelle, la composition, la saison, le défaut signalé et le prix évite trois questions au comptoir et une bonne part des retours. La cliente qui achète chez une professionnelle bénéficie de la garantie légale de conformité : l’état réel de la pièce doit être décrit avant l’achat, pas découvert en cabine.
Signaler un défaut ne fait pas baisser la confiance, il la construit. Une mention nette, un bouton manquant, un ourlet repris, posée noir sur blanc à côté du prix, transforme une réclamation potentielle en argument d’honnêteté. Ajoutez le numéro de mandat sur chaque étiquette : c’est ce numéro qui vous permettra, à la vente comme à la restitution, de retrouver instantanément la déposante et les conditions qu’elle a signées, sans ouvrir un seul classeur. Et le jour où une acheteuse revient avec une réclamation, la mention imprimée règle la discussion en trois secondes.
Ce que porte une étiquette de cintre utile
- La taille française réelle, mesurée si l’étiquette d’origine ment
- La composition, reprise de l’étiquette ou constatée à la main
- La saison, pour trier le portant par entrée en rayon
- Le défaut signalé, en trois mots, jamais en langue de bois
- Le prix du jour et le numéro de mandat de la déposante
Le registre des objets d’occasion se tient jour par jour
Le professionnel qui reçoit ou revend des objets mobiliers d’occasion tient un registre : identité de la personne qui dépose, description de l’objet, date d’entrée, puis sortie de la pièce, qu’elle soit vendue, restituée ou donnée. C’est l’article 321-7 du code pénal qui l’impose, et c’est aussi, très concrètement, ce qui vous permet de répondre en deux minutes à une question posée sur une pièce entrée il y a huit mois.
Un registre se tient jour par jour ou il ne se tient pas. Reconstituer six mois d’entrées la veille d’un contrôle, avec un carnet raturé et des souvenirs, ne donne jamais un document présentable. Saisir le dépôt au moment où il arrive, en même temps que le mandat s’imprime, supprime la double saisie et laisse une trace datée et continue. L’export sur la période demandée devient alors une formalité de deux minutes, pas une soirée de rattrapage.
Régler la déposante sur le prix encaissé, jamais sur le prix affiché
La commission s’applique au prix réellement encaissé, jamais au prix d’origine. Un manteau affiché 120 euros qui part à 84 euros après la deuxième démarque, avec un taux de 40 pour cent, laisse 50,40 euros à la déposante et 33,60 euros à la boutique. Présenté ainsi, avec les deux prix et la date de la démarque appliquée, ce calcul ne se discute pas. Reconstitué de mémoire un jeudi après midi, il se discute à chaque fois.
Le récapitulatif de règlement est le document qui fait disparaître les contestations. Il liste les pièces vendues, la date de chaque vente, le prix encaissé, le taux appliqué et le net dû, période par période. La déposante signe, repart avec son exemplaire, et l’historique des versements reste consultable. Vous pouvez aussi prévoir des taux différents par catégorie ou par tranche de prix : une maille à 12 euros et un manteau de créateur à 180 euros ne demandent pas le même travail.
Regarder la rotation du portant avant d’accepter le dépôt suivant
Accepter un dépôt sans regarder son portant, c’est ajouter des robes d’été à un rayon d’été qui n’a pas bougé. Le tableau de rotation par portant, par catégorie et par taille française répond à une question simple avant l’ouverture du sac : cette catégorie tourne-t-elle encore chez moi cette saison ? Quand la réponse est non, bloquer temporairement la catégorie vous évite d’accepter par gentillesse ce que votre linéaire ne peut plus absorber.
Refuser temporairement une catégorie n’abîme pas la relation, à condition de le dire franchement : le portant des mailles est saturé, revenez dans trois semaines avec vos pièces de mi saison. Les déposantes fidèles comprennent cet argument bien mieux qu’un refus de goût. Et le jour où un portant respire à nouveau, les acheteuses le voient immédiatement : elles reviennent plus souvent parce qu’il se passe quelque chose sur vos cintres, ce qui est le vrai moteur d’une boutique de seconde main.
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Questions frequentes
- Faut il un mandat écrit même pour un dépôt de trois pièces ?
- Oui, et c’est justement sur les petits dépôts que l’oubli coûte le plus cher, parce qu’on les traite vite. Un mandat de trois pièces prend le même temps qu’un mandat de vingt quand les conditions sont déjà paramétrées : identité, prix acceptés, durée, taux, sort des invendus. Sans ce document, la seule preuve de ce qui a été convenu est votre souvenir, et il ne pèse rien face au sien.
- Peut on appliquer un taux de commission différent selon les pièces ?
- Oui. Vous définissez un taux par défaut appliqué à toutes les entrées, puis des taux particuliers par catégorie, par marque ou par tranche de prix. Une maille à 12 euros et un manteau de créateur à 180 euros n’occupent pas le même temps de travail, et le mandat peut le refléter. Le taux retenu au moment du dépôt reste attaché à la pièce jusqu’à sa vente, même si votre grille change ensuite.
- Que faire des invendus quand la déposante ne répond plus ?
- Le sort des invendus se décide à la signature, pas à l’échéance : restitution sur rendez-vous, don à une association que vous nommez, ou prolongation d’une durée que vous fixez. Huit jours avant la fin du mandat, l’avis part avec la liste exacte des pièces concernées. Si la déposante ne se manifeste pas dans le délai inscrit, l’option qu’elle a acceptée s’applique, et l’opération est tracée au registre avec sa date.
- Comment refuser une pièce sans vexer une déposante fidèle ?
- En nommant le motif constaté au lieu de porter un jugement : tache, boulochage, coupe très datée, taille peu demandée en ce moment, catégorie déjà saturée sur vos portants. Une phrase courte, franche et courtoise, imprimée sur le récépissé de dépôt, ferme la discussion sans humilier personne. La déposante repart avec une indication utile pour son prochain sac, et vos portants gagnent en qualité à chaque passage.
- À partir de quel volume le carnet papier ne suffit il plus ?
- La bascule se situe le plus souvent autour de deux cents pièces actives et cinquante déposantes régulières. En dessous, un carnet bien tenu par une seule personne fait le travail. Au dessus, les dates de fin de dépôt, les paliers de démarque et les règlements se croisent trop pour être tenus de tête, et un seul oubli coûte davantage qu’une année d’abonnement.
Les ressources de Revestia pour votre dépôt vente
Tout ce qui est ici s’utilise librement, checklist du comptoir comprise, sans créer de compte. Si vous voulez voir la même méthode appliquée à vos propres mandats et aux portants de votre saison en cours, demandez une démonstration de trente minutes : nous partons de votre carnet, pas d’un exemple inventé.